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Les suédois sont ils japonais

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Considérations anthropologiques et inactuelles d’un étudiant en vadrouille dans le grand Nord.
Les suédois sont ils japonais

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« Je m’en allais de bon matin y’avait Fernand, y’avait Firmin… à bicyclette »   et soudain la vérité me sauta à la gueule comme un chat farceur et sans scrupules.

Pendant plus de deux mois, j’avais été le témoin quotidien de cette caractéristique  qui autant aujourd’hui me semblait si évidente qu’elle aurait semblé absurde un jour plus tôt. Le choc fut si brutal que je faillis m’encastrer dans un feu de signalisation faisant « bip, bip » pour indiquer aux piétons qu’ils peuvent traverser même quand il n’y a pas de voitures à 500 mètres à la ronde. Comment des générations de savants, d’anthropologistes, de sociologues, pour la plupart des agrégés soit dit en passant, avaient ils pu ignorer cet état de fait  au point de l’exclure totalement de leur champ d’analyse théorique ?

Et pourtant, le fait était là devant moi, réel, presque palpable :

Les suédoises portent vraiment des jupes très très courtes même en hiver.

 

Tentant de me remettre de mes émotions, je continuais de penser aux jupes et aux jambes, voire plus si affinités, qui les remplissent et tout à coup, alors que défilaient devant moi les légères étoffes de tissu se rendant au lycée devant lequel je passais pratiquement chaque matin, une étrange connexion commença à se former dans mon esprit. Jupes, jupes mais où donc les filles  portent elles des jupes en permanence avant d’aller à l’école ?

Et soudain, la vérité s’imposa limpide comme de la bonne vodka polonaise (très importante en Suède mais nous y reviendrons) : le japon !

Je sais que des esprits chafouins et malavisés seront prompts à souligner que le Japon n’est pas le seul pays où les jeunes filles portent des jupes pour aller à l’école mais je leur rétorquerai que les jeunes filles de ces pays ne sont pas encore parvenus grâce à leurs industries respectives du divertissement à faire fantasmer les males du globe comme l’ont fait les japonaises.

Bien qu’ayant embrassé une formation davantage porté sur des questions telles que : la conscience sociale est elle soluble dans le profit ou le facteur humain est il une quantité négligeable  et non les bébés sont ils solubles dans la soude caustique ou   les radiations du nucléaire civil sont elles des quantités négligeables, je n’ai pas pour autant oublié les bases rigoureuses de l’analyse scientifique, je vais donc entreprendre de déterminer dans les lignes qui suivent si les suédois sont japonais. Si ce fait est établi, nous pourrons donc considérer que la réciproque est vraie en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par les autorités civiles et militaires ici présentes.

Commençons.

 

1)        Un suédois qui se relâche est il un japonais qui se laisse aller ?

 

Supposons que la plupart d’entre vous ont suivi au moins une fois dans leur vie ces cours bidons qui ont permis à des générations de professeurs feignants et approximatifs de substituer leurs préjudices culturels à ceux de leurs étudiants, j’ai nommé le management interculturel ou en anglais « Cultural awareness ». Brièvement pour les deux du fond qui n’écoutent jamais de toute façon, Suède et Japon deux cultures identiques (  bon l’une est profondément individualiste avec une faible tolérance pour les écarts de statut et l’autre c’est exactement le contraire selon Hofstede  mais on ne va pas chipoter) caractérisées par l’importance de l’harmonie sociale, l’évitement des conflits et le respect de l’autre (on remarque très rapidement que c’est facile de s’imposer dans une conversation suédoise en coupant constamment la parole à l’orateur, à la française).

Certes tout cela est bien beau mais que font ils pour relâcher la pression et échapper à ce vilain ordre social qui entravent leurs pulsions débridées ?

Les japonais, c’est bien connu, se livrent à toutes les excentricités : ils boivent du saké jusqu’à ne plus reconnaître leurs mamans, mangent des sushis sur des femmes nues, se ridiculisent à Dance Dance Revolution ou dans les karaokés et finissent la soirée à comater dans un train de banlieue dans leurs costumes souillés de salarymen.

Et les suédois me direz vous ?

En s’aventurant un samedi soir dans le centre d’une ville de 90 000 habitants, votre correspondant a l’impression de pénétrer au choix dans une zone de guerre ou dans un film de Georges Roméro.

Imaginez le centre de votre ville bondé comme un jour de foire, de soldes ou de fête nationale mais uniquement par des jeunes complètement bourrés et surexcités avec une densité de 10 boîtes concentrées sur un hectare.

En effet, le suédois boit beaucoup mais il ne boit pas souvent car cela reviendrait trop cher par conséquent il est rapidement ivre ce qui est finalement une bonne chose car l’alcool coûte cher. CQFD.

D’ailleurs, les suédois ont plusieurs mots pour exprimer les degrés de leur état :

-premier stade : full (prononcez à la française) : bourré

-deuxième stade : packad : comprendre bien pété ou loaded en anglais

-dernier stade : aspackad : completely smashed out comme nous l’a expliqué notre prof de suédois avec un large sourire.

Donc imaginez une horde de jeunes sur leur trente et un : filles en robes de soirée ou très très court et moulant et garçons assez chics, veste classique ou fashion victim, des bouteilles de bière partout, des gens qui titubent avec un air hagard, se bousculent, vomissent, comatent devant une entrée d’immeuble, se bastonnent, éclatent des vitrines  et se pressent pour entrer dans un club sous le regard vigilant des nombreux videurs.

Vous pensiez que les nuits espagnoles étaient chaudes, venez donc faire un tour en Suède.

Et j’exagère à peine.

 

2)        Les suédois parlent ils japonais ?

 

Le réflexe primaire serait de s’exclamer « Non, ils parlent suédois et en plus ils n’utilisent pas le même alphabet » mais ce serait porter un jugement hâtif indigne d’un esprit éclairé (seulement si il est passé par prépa, attention ! faut pas mélanger les torchons et les serviettes)

Prenons un exemple, voire même plusieurs si ils sont consentants :

Merci se dit en suédois : tack et au revoir : Hej då (hei do).

Mais la plupart du temps, les suédois rajoutent un « a » donnant ainsi : tackaaaa ou hej dåaaaaa.

Imaginez une jeune japonaise (ou un jeune japonais) vous dire cela avec un grand sourire et vous voyez où je veux en venir.

Autre exemple éloquent : Dépêche toi se dit : Skynda dig  (Runeda dei) et Fais attention : Akta dig. Essayez de prononcer ses phrases en imaginant que vous êtes un vieux samouraï autoritaire réprimandant un subordonné d’une voix chargée par le saké et l’illusion est parfaite.

Coïncidence ?

 

 

 

3)        Les suédois utilisent ils des gadgets idiots pour se faciliter la vie ?

 

Les japonais sont bien connus et pire réputés pour leur usage immodéré de l’électronique qu’ils trouvent le moyen d’insérer dans les objets et les endroits les plus incongrus. Vous avez sans doute entendu parler de la toilette chauffante ou de celle qui vous invective quand vous faîtes pipi sur la cuvette ? Vous avez certainement des souvenirs émus du tamagotchi que vous avait offert tata Suzette il y a quelques années de cela. Vous ruinez votre vie sociale et effrayez vos voisins de métro au jouant à la DS (pas celle de Citroën, l’autre) du soir au matin ?

Alors vous serez d’accord pour affirmer avec moi que les japonais sont définitivement le peuple des gadgets totalement inutiles donc rigoureusement essentiels.

Mais ce serait une erreur de croire que les suédois sont en reste en ce qui concerne leur identité japonaise que nous tentons de découvrir ici avec un brio qui m’étonne moi-même.

En effet, les suédois ont inventé un outil indispensable à l’homme moderne : le tapis roulant à deux voies.

Si quelqu’un travaillant dans la grande distribution lit ces lignes qu’il s’intéresse de près à la question car cette invention pourrait bien changer la face du monde occidental.

Visualisez le tapis roulant moyen : vous payez, vous allez emballer vos courses et pendant que vous vous livrez à cette activité, vous voyez avec horreur les victuailles du client suivant qui se dirigent vers vous vous poussant ainsi  déplacer vainement les vôtres jusqu’à l’extrémité du bac de réception. Alors que dans le royaume merveilleux de Suède, le tapis roulant fait deux fois la taille française et est séparé en son milieu par un espèce de bras articulé contrôlé par le caissier (et oui il y a des caissiers en Suède).

Alors que vous empaquetez vos affaires, le bras se déplace et dirige les provisions du client suivant de l’autre côté du tapis roulant autorisant ici deux clients à ranger en même temps leurs courses en toute intimité et sans gêne ou empressement aucuns.

Ne peut on pas voir dans cet ingénieux dispositif la marque certaine  de l’esprit japonais à l’œuvre. Seule ma réserve scientifique m’empêche de développer davantage ma pensée.

 

4)        Les jeunes suédoises sont elles aussi séduisantes que les jeunes japonaises ?

 

Comme chacun le sait, toutes les japonaises sont de grandes brunes gracieuses aux yeux de fans à la peau douce comme de la soie et qui s’habillent en écolière hiver comme été, de jour comme de nuit et ce de 15 à 36 ans et sont reconnues pour sauter au cou du premier gaijin poilu au nez proéminent qui passe à leur portée pour des nuits intenses de sexe oriental.

De la même manière, toutes les suédoises sont des grandes blondes sculpturales aux yeux bleus et aux formes généreuses qui se livrent à des jeux érotiques hiver comme été dans des saunas moites  d’un désir non refoulé qui les pousse à se jeter dans les bras de tout ce qui a un appendice plus ou moins flasque pendouillant entre les jambes du moment qu’elles sont passablement éméchées.

Des différences d’adjectifs ne sachant constituer une distinction notable nous pouvons donc affirmer que les femmes japonaises sont suédoises et vice versa.

Autre point sur lequel, l’identité commune n’admet pas d’équivoque : lorsque les poils de leurs aisselles ou de leurs jambes sont trop longs, les suédoises comme les japonaises  les rasent.

L’existence commune d’une pratique aussi intime ne fait que renforcer notre supposition quand l’égalité d’identité entre les japonais et les suédois.

 

 

 

 

5)        La Suède comporte elle autant de champions industriels nationaux que le Japon ?

 

Rentrons plus en profondeur dans un sujet que nous maîtrisons davantage : l’économie.

Au Japon, il existe deux entreprises : Toyota qui produit les meilleurs voitures du monde à cause du toyotisme, des cercles de qualité et du juste à temps et Mitsubishi qui produit tout le reste.

Ces deux entreprises constituent des kereistsus, s’appuient sur les Sogo Sosha pour leurs activités d’export et garantissent l’emploi à vie de leurs employés.

Comme par hasard, l’industrie suédoise comporte également deux entreprises: Volvo qui produit les meilleures voitures du monde à cause de la sécurité suédoise et des intérieurs en peau de d’élan et Electrolux qui produit tout le reste. La Suède s’appuie selon selon Svante Andersson : An network approach to marketing management (2002 ) Journal of Enterprising  Culture, sur un réseau de PME faisant office de fournisseurs des deux grands groupes suscités. Ce style d emarketing de réseau se caractérise par une approche déductive et réactive mettant en avant le rôle du middle management tout en insistant sur une approche B2C  comportant un nombre peu élevé de partenaires avec lesquels sont développées des relations intenses fondées sur une logique coopérative.

Ainsi il apparaît que la Suède et le Japon ont la même structure productive.

 

6)        La Suède et le Japon sont confrontés aux mêmes problèmes politiques.

 

De nombreux experts s’accordent pour dire que la décennie perdue du Japon est en partie due à l’importance de l’engagement de l’Etat dans le système productif conduisant au blocage de l’économie nippone du fait de développement du clientélisme avec la protection de petites entreprises non compétitives mais politiquement loyales, l’entassement de créances douteuses utilisées pour maintenir ces petites entreprises à flot et l’importance de la bureaucratie étatique.

Au final, la force du Japon : son partenariat public privé a fini par se retourner contre lui-même.

Fondamentalement, la Suède est confrontée aux mêmes problèmes.

Les activités de l’Etat englobent plus de 30% de la population active recensée et contribuent à un pourcentage non négligeable du PIB. La Suède affiche un taux enviable de 5% de chômage mais selon les partis de droite ayant récemment obtenu la majorité au Parlement, il serait plus proche des 15% si l’on ajoute toutes les formes de chômage déguisé financé par le système social. D’ailleurs, c’est bien pour ça que la viande est si chère en Suède, c’est à cause de la bureaucratie et du taux élevé de prélèvements (environ 55%  des revenus au final).

Pour reprendre les mots de mon professeur de suédois : La Suède, c’est cher mais c’est la qualité. Comme le Japon. Etonnant non ?

 

 

7)        Les suédois aiment ils se travestir ?

 

Que celui qui n’a jamais entendu parler du phénomène Cosplay au Japon se précipite sur Google pour une recherche rapide sur le sujet. Pour les feignants, le Cosplay consiste à se vêtir, se coiffer et parfois se maquiller comme ses héros/héroïnes préférés de jeu vidéo/manga et se balader dans des conventions ou dans les rues de Tokyo dans l’espoir qu’un occidental qui n’a jamais rien vu  vous prenne en photo en poussant des cris de belette et vous affiche sur son blog.

Et le suédois ?

Par contraste, nous avons ici un moyen de démontrer l’atavisme presque charnel qui lie le suédois au japonais. Ne vous inquiétez pas, c’est propédeutique.

 

Dans les écoles de commerce françaises, quand les étudiants veulent manifester leur appartenance à un groupe, ils enfilent des polos ridicules, hors de prix et aux couleurs criardes et se trémoussent sur de la musique de supermarché.

Les étudiants suédois, eux, inversent les rôles.

Les hommes se déguisent en filles et rampent aux pieds de ces dernières en se livrant aux pires humiliations tandis que ces celles ci, blousons en cuir et cheveux gominés les observent d’un air narquois avant de faire claquer leurs mains sur les fesses des mâles au son de « Shake your ass bitch and let me see what you’ve got ».

Par conséquent, il apparaît que les suédois comme les japonais, contrairement à leurs homologues français, maîtrisent l’art du travestissement audacieux qui renverse les codes et brouille les identités. Deux normes sociales partagées par la Suède et le Japon comme je viens brillamment de le démontrer.

 

Je pourrais continuer à  multiplier les exemples pour tenter de vous convaincre mais je suis avant tout un homme pratique intéressé par les applications directes de ces découvertes.

Pour ceux qui par bêtise ou mauvaise disposition d’esprit contesteraient encore la stricte égalité entre les japonais et les suédois, je vous offre deux exemples imparables.

Le premier se présente de la sorte : en français, l’adjectif caractérisant le Japon est « nippon » et par une coïncidence presque troublante, il s’avère que les suédois consomment en abondance (jus de fruit, sauce, confiture, préservatif) une baie rouge  sucrée  peu filandreuse  qu’ils appellent, je vous le donne en cent (et pas en mille, c’est bien trop cher) : nyppon !

N’est elle pas là, la preuve irréfutable ! Qui osera contester une démonstration aussi lumineuse !

Enfin pour convaincre les sceptiques les plus obtus, nous allons recourir à une méthode expérimentale développée par le professeur P. Desproges afin de savoir si oui ou non les suédois sont japonais.

Prenons un japonais, plongeons le dans l’eau bouillante qu’observons nous :

Japonais bouillu, japonais foutu.

Prenons un suédois et réitérons l’expérience, qu’observons nous :

Suédois bouillu, suédois foutu.

Par conséquent, les suédois sont japonais et vice versa mais leurs avocats respectifs vous en convaincront mieux que moi.

 


    Comments

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    ENORME Le 30-10-2006 par Charles (Sup de Co 2002)

    Charles ! Bravo bravo bravo pour cet article excellent, qui nous donne envie d'aller et au Japon, et en suède.
    J'aime beaucoup l'humour et le ton..
    juste une précision, mais que tout le monde aura relevée. On ne dit plus caissier bien sûr, mais hôte de caisse (à moins que la Suède soit encore rétrograde.. lol )

    Fantastique ! Le 31-10-2006 par Pierre-Olivier (Sup de Co 2006)

    Excellent !! Ca valait le coup d'attendre une nouvelle production !! Mise à part la reference directe au Trib Flag Del de Dorothée (un brio qui m'etonne moi même) tout le reste sent bon l'influence du Grand Pierre sans jamais se précipiter dans le pastiche !! qui plus est, on retrouve tout ton style caustique, flamboyant, mais nenamoins allegé. Quel plaisir ! Quel taaaaaalent ! Merci beaucoup, Stan et bien sûr je n'aurais qu'un mot : encore !
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