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Borat

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En exclusivité pour RMS4U, la critique de la dernière sensation kazakhe par notre envoyé spécial en Suède.
Borat

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Borat, c’est comme les garçons qui portent des slips kangourous, comme le munster, comme les Sex Pistols, comme Charles Bukowski, comme les Monty Python, comme la minute nécessaire de Mr Cyclopède, comme Charlie Hebdo, comme les gens qui rigolent aux enterrements.

On aime ou on déteste.

Pas de demi mesure.

Oh bien sûr, il y aura toujours des gens qui essayeront de se démarquer en disant : « Oui, certains trucs étaient pas mal comme le moment où il demande à un armurier américain quel est le meilleur pistolet pour chasser du juif mais par contre je n’ai pas aimé le combat obscène entre Borat et un Kazakh obèse dans les couloirs d’un hôtel, c’était vraiment trop gros. »

Rien que des petits malins et je me permets de les appeler ainsi parce que Borat fait tout pour ne pas susciter la tiédeur.

A la question : peut on rire de tout ? Borat répond avec un grand sourire naïf de journaliste kazakh parti de son Kazakhstan bien aimé- pays dans lequel, tout le monde le sait, les gamins jouent avec des kalachnikovs dans la cour de l’école primaire, le taux de consanguinité est d’environ 80%, baiser avec sa sœur est socialement accepté, le mécanicien du village est le responsable local de l’avortement  et le lâché de juif (sorte de féria locale) est organisé de manière régulière- pour aller au Etats-Unis d’Amérique pour apprendre une leçon pour Kazakhstan.

 

Et tout va y passer : les juifs (obsession récurrente du film), les handicapés, les minorités, les fachos, les féministes, les gays, les hommes politiques, les chrétiens born again, les étudiants bourrés obsédés par le cul, les célébrités, les moniteurs d’auto école, les cowboys, les tziganes, les gansta rappers, les managers d’hôtel, les professeurs d’étiquette.

Tous vont être les victimes plus ou moins consentantes de l’ignorance, de la franchise ou de la bêtise de Borat.

Morgan Gareth a écrit très justement que « nous ne prêtons pas attention aux gestes sociaux les plus triviaux qui rythment notre quotidien, nous les prenons pour acquis alors qu’en fait ils sont le fruit d’un système complexe et organisé de normes, de valeurs et des croyances, bref de culture ».

Si Borat était là, il s’amuserait probablement à essayer de mettre son doigt dans le cul de Mr Gareth en lui affirmant qu’au Kazakhstan c’est une marque de respect destinée à honorer les intellectuels de renom.

Borat, c’est se livrer à tous les comportements socialement inacceptables sous prétexte de différence culturelle.

Borat, c’est la déstructuration culturelle  au bulldozer.

 

 

A y regarder de plus près (pas trop sinon on finit par voir les poils), Borat repose sur deux ressorts gaguesques qui ne finissent jamais par engendrer la lassitude tant les situations sont variées.

 

 

 

Le premier, c’est en tant qu’étranger venant d’un pays arriéré, Borat peut se permettre de porter un regard naïf sur les choses et d’ignorer totalement les convenances et les coutumes. Ce qui donne lieu à des situations comiques reposant sur les aberrations commises par notre journaliste : se laver les mains dans la cuvette (Borat serait il un fan des Visiteurs ? ça expliquerait tout), embrasser tout le monde sur la joue, proposer à un journaliste de coucher avec sa sœur de 15 ans en plein direct (marque d’hospitalité kazakhe) et j’en passe des meilleurs.

Bref, Borat le bouffon fait tout ce que nous avons parfois envie de faire en société pour faire chier notre monde mais que nous n’osons pas de peur de devenir un paria.

Borat s’en fout, il a son Kazakhstan.

Le deuxième ressort repose sur les confidences que le statut d’étranger autorise les américains à faire à Borat, trouvant dans ses préjugés un écho fraternel aux leurs.

Par exemple, un américain (pardon un Texan ou un Virginien du Sud, bref un sudiste) conseille à Borat de ne pas faire la bise aux hommes parce qu’ici c’est réservé à ceux qui sont (mouvement efféminé évocateur de la main) comme ça. Ce à quoi Borat répond que dans son pays, on leur coupe les couilles et on les fout en tôle. Ce à quoi l’Américain répond qu’il aimerait bien faire la même chose ici mais que ce n’est pas possible.

La plus grande démocratie du monde, Land of the free. On rit mais jaune.

 

Parce que finalement Borat à travers ses singeries montre toute l’hypocrisie de nos amis américains (oh et pas d’anti américanisme primaire il pourrait tout aussi bien s’agir de nous à quelques adaptations près). A travers son comportement enfantin, il montre que la franchise, la cordialité, la confiance n’ont pas droit de cité dans la société américaine, chacun vivant reclus dans un espace clos structuré par des normes et des valeurs inamovibles et que le vernis policé de la civilisation recouvre à peine les instincts les plus barbares, les préjugés les plus tenaces, l’indifférence la plus farouche.

Et c’est sur ce point que Borat devient plus qu’une simple bouffonnerie et acquiert une profondeur insoupçonnée. Dans une scène magnifique, Borat raccompagne chez elle une prostituée noire et obèse avec laquelle il a foutu la zone chez des bourgeois en l’invitant à un dîner. Sur le pas de la porte, ils se regardent, elle lui propose d’entrer, il répond qu’il ne peut pas car il est amoureux de Pamela Anderson (le fil rouge du film et son gag le plus jouissif). Elle le regarde un peu triste.

Il lui répond simplement : « La prochaine fois que je serais de passage en ville, je payerais pour avoir du sexe avec toi ». Elle ne s’offusque pas.

 Entre parias, on n’a pas peur de la vérité.

 

Ceci dit, je ne veux pas vous faire croire que Borat, c’est une fable humaniste et touchante, pleine de sensibilité et de pudeur.

Borat, c’est gras, c’est frontal et c’est sans pitié.

Borat, c’est un peu la version trash de la rencontre de « Candide » et des « Lettres Persanes » (Kazakhs en l’occurrence).

Borat enfonce un pied de nez bien profond (n’essayez pas de faire la même chose à la maison les enfants, cette cascade littéraire a été réalisée par un professionnel non rémunéré) a tous ceux qui pensent qu’on ne doit pas rire de tout.

Toutefois malgré toutes ses qualités, Borat n’invente rien et s’inscrit parfaitement dans la tendance MTV trash avec sa cohorte de blagues scatologiques et son humour légèrement infantilisant.  De plus, Borat entretient une certaine ambiguïté par rapport à son parti pris de dénonciation en mélangeant les scènes « volées » à des intervenants extérieurs et celles faisant appel à des acteurs. Il y a dans Borat, une puissante manipulation par l’image aussi bien envers les victimes de Borat qu’envers le spectateur. C’est un tour de force dont nous ne devons pas être dupes.

Car Borat est un personnage de fiction créé par Sacha Baron Cohen mieux connu sous le nom d’Ali G.

Borat, c’est utiliser le mauvais goût pour dénoncer la froideur et l’hypocrisie de nos sociétés modernes, c’est utiliser la bouffonnerie pour piétiner joyeusement les convenances.

Borat, c’est surtout très drôle.

Même pour les Cahiers du Cinéma.

Alors qu’est ce que vous attendez ?

 

 


    Comments

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    Mouais... Le 15-11-2006 par Samy (Sup de Co 2007)

    Samy ! Etant aux USA, Borat est surtout devenu un nouveau moyen pour les Américains d'identifier le Kazakhstan. La majeure partie d'entre eux croient maintenant qu'au Kazakhstan, il est légal de coucher avec sa soeur, qu'il y a encore des esclaves et que les gamins se baladent avec des flingues...
    Pas étonnant que le pays ait porté plainte contre le film...

    Ceci dit, c'était bien marrant quand même, à prendre au 12e degré! lol

    Je dirais même plus ... Le 17-11-2006 par Alexandre (Sup de Co 2007)

    Alexandre ! Borat, ou l'Amérique psychosée dans son rapport à l'autre.

    Sinon ça faisait très longtemps que je n'avais pas ri autant devant un film ...

    So damm funny Le 21-11-2006 par Antoine (Sup de Co 2007)

    Ce film est completement ouf, le perso de borat en lui même est hallucinant.

    Il ne faut bien evidemment ne pas se laisser abuser par certaines scènes qui ont l'air improvisées. en effet le film est en partie tourné à l'arrache et en partie très bien scénarisé.

    Sinon c'est une bonne barre de rire m^me si on avait vu les scènes sur Internet il y a quelques mois de ca tellement le buzz autour du film a été fort.

    See ya
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