Casino Royale
Je le mets directement en début d’article pour tous ceux qui sont allergiques aux critiques de films détaillées ou qui ne parviennent pas à se concentrer sur plus d’un paragraphe de prose : la direction prise par ce nouveau James Bond risque de déstabiliser plus d’un spectateur.
Dès le générique, le ton est donné, ce n’est moins de six réalisateurs (et non des moindres : Val Guest, Ken Hughes, Joseph Mac Grath, Robert Parrish, Richard Talmage et Mr John Huston) et trois scénaristes (là encore que du beau monde : Wolf Mankowitz, John Law and Michael Sayers) qui ont eu la lourde tâche de donner un nouveau départ à cette franchise qui commençait à montrer de sérieux signes d’essoufflement à force de tourner en rond en se mordant la queue.
Et quoi de mieux pour repartir de zéro que d’adapter le premier roman de Ian Fleming, l’éponyme « Casino Royale ».
La première audace de ce film ce qu’il est absolument hilarant. On sent que les auteurs ont bien compris qu’à force de se prendre au sérieux les « James Bond » avaient perdu leur charme, leur fraîcheur, leur ironie. En conséquence, ils se sont amusés à exagérer à outrance les péripéties classiques de la saga afin de créer un redoutable effet de distanciation comique. Ainsi notre valeureux agent secret devra affronter une châtelaine écossaise nymphomane et ses diaboliques pigeons voyageurs explosifs à tête chercheuse ; les directeurs dérangés d’une école expressionniste pour espion de Berlin Est et surtout le redoutable Le Chiffre, joueur et criminel international, interprété ainsi avec une jouissive truculence par le génial Orson Welles.
La deuxième audace de ce « Casino Royale », c’est de faire interpréter le personnage de Bond par des acteurs différents sans que ceci ait la moindre influence sur l’intrigue.
Et là encore, la surprise est totale car ce sont respectivement David Niven, Peter Sellers, Terence Cooper (recalé pour jouer dans un précédent Bond) et même Woody Allen qui vont endosser les attributs de l’agent secret le plus célèbre de la planète ! Une des richesses de ce film, c’est de découvrir comment chacun de ces immenses acteurs s’approprie le personnage tout en lui ajoutant une petite touche personnelle qui fait toute la saveur et la subtilité de l’interprétation.
La troisième grande force de ce nouvel opus bondien, c’est de présenter James Bond non pas comme une icône glacée, une machine à tuer mais comme un homme aux sentiments troubles et ambigus. On le découvre, gentleman solitaire jouant du Debussy jusqu’au coucher du soleil ou encore père attentif, veillant sur la fille qu’il a eu avec la grande espionne Mata Hari.
Ces précisions sur la psychologie du personnage ne détruisent pas le mythe. Au contraire, elles le renforcent, lui confèrent une dimension humaine et sont également prétextes à d’hilarantes scènes pleines de sous entendus et d’anachronismes.
Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur ce nouvel opus comme la présence jouissive d’un script non linéaire, de l’apparition non moins jouissive d’Ursula Andress, du final d’une frénésie qui rôle la démence, de cette distanciation brechtienne qui sous tend toute l’œuvre.
Bref, ce nouveau James Bond risque de fortement diviser le public et le fan mais gageons que le spectateur ouvert d’esprit et privilégiant l’humour absurde et le détournement d’un classique de la pop culture à la vraisemblance y trouvera largement son compte, voire même plus.
Une cure de jouvence qui fait du bien aux côtes et aux zygomatiques.
Chaudement recommandé pour les curieux.
Après nous être penché sur le « Casino Royale » de 1967, l’un des rares films de James Bond à avoir été produit en dehors du giron de Eon production et de la famille Broccoli (l’autre exception étant « Jamais plus jamais » avec Sean Connery), nous allons maintenant nous intéresser au cas de l’autre « Casino Royale », l’officiel, celui de 2006.
Le problème avec la série des Bond c’est qu’ils ont d’une part progressivement rompu avec leur vocation d’être des films d’espionnage pour devenir des films d’action hollywoodiens ayant pour héros un certain James Bond, agent secret au service de sa majesté et d’autre part que l’ironie et la distanciation apportées par l’immense Sean Connery ont été peu à peu remplacées par une batterie de répliques et d’attitudes supposées faire classe mais étant en réalité davantage digne du playboy beauf plein aux as qui drague les minettes sur les plages de Saint Trop’ en exhibant sa Rolex et les clés de son coupé sport, le tout emballé de quelques pick up lines bien vaseuses pour montrer que l’on a de l’humour, de la dérision, yeah, baby, yeah…
Comment expliquer une telle dégradation ?
Une volonté de faire toujours plus, toujours mieux pour impressionner un public de plus en plus blasé quitte à tomber dans le ridicule à force d’exagération et de grandiloquence ; une évolution de la série en fonction de son public, James Bond, miroir de la société occidentale et de son évolution, du monde feutré de la guerre froide à l’overdose démonstrative des 90’s-00’s en passant par le kitsch clinquant des 80’s ; la disparition d’un fonds de commerce (l’URSS) avec la nécessité d’adapter un héros historiquement daté à un monde en pleine évolution sociale, économique et idéologique ; l’absence d’artistes de talent ayant véritablement compris l’essence de Bond et étant donc capables de la transposer ?
Beaucoup de questions dont les réponses resteront pour le moment en suspens car et je suis presque surpris de l’écrire, elles n’ont plus de raison d’être car ce nouveau James Bond est une véritable réussite, un retour aux sources d’une grande intelligence qui élague tout ce qui était en trop pour revenir à l’essentiel sans pour autant s’adapter aux exigences d’un monde post 11 septembre.
« Casino Royale » ou Bond sauvé du royaume des navets. Explications.
Tout d’abord, la grande qualité de ce nouvel opus, c’est de ne pas être un film d’action avec Bond mais bien un film d’espionnage avec quelques séquences d’action.
En effet, le fil rouge du film est une vaste enquête portant sur le financement des réseaux terroristes que Bond va peu à peu remonter jusqu’à l’un des responsables possibles (le film laisse judicieusement planer le mystère) lors de la dernière minute du film.
Pendant tout le reste du temps, Bond progresse avançant au flair et à l’instinct, rebondissant sur une situation (quitte à abandonner une nuit de plaisir, le devoir avant tout), cultivant les contacts, souffrant de trahisons, bref un vrai quotidien d’espion dans la grande tradition du genre avec un souci de relative cohérence.
Emblématique de ce changement, l’apothéose du film n’est pas une confrontation de type un milliardaire en exosquelette possédant un palais de glace combat Bond dans un avion en flammes au dessus de frontière nord coréenne tout en activant un super rayon destructeur comme dans le grotesque « Meurs un autre jour » mais une simple partie de poker.
Pas très bandant me direz vous. Et bien détrompez vous car la partie est rythmée par suffisamment de coups de théâtres, par des enjeux si considérables et compréhensibles (comme le dit très justement l’héroïne faisant naître un petit sourire aux lèvres du spectateur sachant lire entre les lignes « Si vous perdre cette partie, le gouvernement anglais aura financé le terrorisme international ») ainsi que par un doute planant jusqu’au bout sur son issue, rendant la chose diablement excitante d’autant plus si on joue soi même au Texas Hold’em.
N’allez pas pour autant croire qu’il n’y a pas les scènes d’action démentes qui ont fait le succès de la franchise. Au choix vous avez une course poursuite en varappe dans un chantier (brillante de fluidité à l’exception d’insupportables plans filmés en hélico), une course poursuite sur le tarmac d’un aéroport à bord d’une voiture suicide bourrée de kérosène et une fusillade burnée dans un palais vénitien en ruine.
Toutes ces scènes sont très impressionnantes et ne laissent jamais l’impression d’être tirées par les cheveux tant un soin a été apporté à rendre leur développement naturel et leur incursion crédible (sous réserve d’une bonne dose de suspension de l’incrédulité nécessaire pour apprécier ce genre de film).
L’autre question qui se pose, c’est : alors ce Daniel Craig en James, il est bien ou pas ?
Dans les limites imposées par le film, oui.
Plus clairement, le parti pris est de faire commencer la carrière de James Bond en 2006 (il vient d’être promu 007) et de le présenter comme un jeune homme, inexpérimenté et arrogant, loin des automatismes et de l’aisance qui le caractériseront dans le futur (une manière habile pour les scénaristes de se débarrasser de l’insupportable Bond des derniers opus) fonctionne vraiment bien et s’inscrit de manière très cohérente dans le propos général du film.
Le visage fermé (« il ressemble à Vladimir Poutine » me dit une tendre amie), guère loquace, brutal (voire la scène d’exposition, très âpre), Daniel Craig s’investit à fond dans le personnage sans oublier de lui donner une touche d’humour et d’ironie qui ne tombe jamais dans la vulgarité car ce côté très fermé apporte un parfait contrepoint à une excessive confiance en soi qui entraînerait autrement l’ensemble vers la parodie et la platitude. Bond utilise l’humour comme une arme et ça se sent.
D’autre part, Bond est plus humain, les scénaristes ayant choisi de divulguer quelques infos sur ses débuts houleux avec M mais surtout sur la grande histoire d’amour qui finit mal en général qui l’a laissé amer et désabusé tout en jetant un éclairage intéressant sur ses futures relations avec les femmes.
A titre de comparaison, on peut s’attarder sur la tentative d’humanisation à la fin de Goldeneye, aussi émouvante qu’une pub pour shampoing ou un sitcom français c’est la même chose, et cette scène merveilleuse sous la douche très sombre, sensuelle et pudique ou cette tentative désespérée de réanimation suivie d’un « The bitch is dead » dont on comprend qui ne sert qu’à tenter de diminuer la souffrance d’un Bond brisé, bien que les deux essais soient du même réalisateur, Martin Campbell.
Mais, il faut rendre hommage non seulement à Daniel Craig mais surtout à Eva Green qui livre une performance extraordinaire, parvenant à trouver le juste milieu entre la femme forte et la tendre compagne sans tomber dans les excès des deux genres à savoir la belle potiche ou la femme Bond.
La voir pleine de force et de sensualité bien que sans maquillage dans la nudité de cette salle de bain ou ouvrant brusquement la bouche dans cette définitive cage d’ascenseur a quelque chose de bouleversant et de très fort.
Car il y a un thème qui court tout au long de ce Bond, c’est celui de la sensualité et du rapport au corps. Il y a cette exposition et tous ces corps écorchés, il y a cette crise cardiaque, il y a cette séance de torture (occupation américaine en Iraq es tu là ?), il y a cet empoisonnement. Bref, de nombreux moments clés du film se caractérisent presque exclusivement par l’omniprésence du corps et de ses problématiques comme si après des années des dominations des Bonds par la technologie et les gadgets, les scénaristes avaient voulu remettre l’homme au centre de la scène.
Fait significatif, Q est absent de cet épisode et les seuls vrais gadgets sont une sonde injectée dans le bras et un défibrillateur.
L’Homme est revenu au centre du monde bondien et c’est tant mieux car cela ne fait que renforcer la notion que James Bond, l’Homme par excellence, continue d’exercer une emprise sur un monde de plus en plus complexe et aseptisé.
Un monde menacé par le terrorisme, ses conséquences et ses causes (attentats, poseurs de bombes, réseaux de financement, tortures, exécutions) qu’il ne s’agit plus de sauver mais d’éviter de rendre pire, nuance qui a son importance.
Un monde qui a perdu sa part de naïveté et qui a gagné en cynisme, en ironie. Bond se permet de faire des allusions directes à son statut de héros (la montre, la bonne réplique et « le monde entier va savoir que tu m’as gratté les couilles) et de jouer avec son image en complicité avec le public, quitte à se dénigrer un peu (par exemple lors de la poursuite sur le chantier qui met en évidence son caractère rentre dedans en comparaison avec l’agilité de l’africain) et à jouer avec les stéréotypes qu’il a lui-même contribué à créer (le Martini).
Un monde dans l’individu continue de rester au premier plan mais à condition de payer le prix de la solitude, de la trahison.
Bond miroir de ce début de XXIème siècle ?
Il est encore trop tôt pour répondre mais je pense que la réussite de ce Bond tient en grande partie à son ancrage dans une réalité contemporaine, dans un recentrage sur l’Homme au détriment de la technologie et des gadgets et dans le plaisir manifeste qu’ont pris les scénaristes à tordre gentiment le mythe pour le faire rentrer dans le droit chemin en comptant sur l’intelligence du public.
Pour le reste, c’est un James Bond classique avec une poursuite toutes les demi heures, du placement de produit à gogo, des lieux de rêves, des femmes superbes, un héros supposé représenter la virilité à l’état brut, des punch lines bien senties et l’idée qu’un homme seul bien entraîné, bien équipé et séducteur peut compter dans le monde.
Si vous aimez le genre, c’est peut être le meilleur James Bond, et sans hésitation le meilleur de ces vingt dernières années.
Espérons que comme le laisse brillamment présager la dernière réplique, il s’agisse d’un véritable nouveau départ.
Commenti
Désolé pour les coquilles Le 30-11-2006 par Stanislas (Sup de Co 2005)
En tout cas moi j'ai bien aimé Le 30-11-2006 par Aurélien (Sup de Co 2008)
Un super film Le 01-12-2006 par Timothée (Sup de Co 2006)
moins nul que les precedants Le 03-12-2006 par Camille (Tema 2009)
La pub... Le 03-12-2006 par Tom (Sup de Co 2008)
| Après, la pub dans un James Bond est quasiment obligatoire... Vous imaginez un Bond sans Omega ? Qui ne conduit pas une Aston Martin (et oui, ça s'est vu à un moment ) et qui ne bois pas de Bollinger ???Nan mais, il ne manquerai plus qu'il s'en foute d'avoir son Vodka martini remué au Shaker ou à la cuillère ! |
... Le 03-12-2006 par Pierre-Olivier (Sup de Co 2006)
| Ct pas du Dom Perignon 59 sa boisson favorite ? |
champagne Le 03-12-2006 par Eric (Sup de Co 2003)
Tsarine Le 04-12-2006 par Charles (Sup de Co 2002)
precisions Le 04-12-2006 par Mailys (Sup de Co 2004)
désolée pour les fautes.. Le 04-12-2006 par Mailys (Sup de Co 2004)
ah l amour... Le 05-12-2006 par Benjamin (Sup de Co 2008)
| Moi je vote mailys james bond girl ds le next JB! mailys je taimeee!!!!! |
pas d'accord Le 06-12-2006 par Clara (Sup de Co 2005)
Rambo inquiétant Le 07-12-2006 par Stanislas (Sup de Co 2005)
aaaaaaaah Le 08-12-2006 par Mailys (Sup de Co 2004)
p"tit ben d'amourrrrrrrrr Le 11-12-2006 par Mailys (Sup de Co 2004)






) et qui ne bois pas de Bollinger ???



