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La colline a des yeux (remake)

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Vous aimez les films qui font peur ? (si ce n'est pas le cas cette critique vous est particulièrement destinée) « Génial, viscéral, extraordinaire, meilleur film d’horreur de 2006 » : les professionnels de la critique ne tarissaient pas d’éloges sur le film d’Alexandre Aja, français parti tourner le remake du film du même nom aux Etats-Unis.
La colline a des yeux (remake)

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 Bien lui en a pris car les spectateurs américains ont plutôt bien reçu le film, probablement parce qu’ils n’ont pas vu/voulu voir que le frenchie en profitait pour égratigner à la hache rouillée les fondements même de la culture américaine. En France, le film a été honorablement accueilli en salle (c'est-à-dire qu’il a su trouver son public plus quelques curieux) et commence une jolie carrière en vidéo et c’est pourquoi je vous en parle aujourd’hui.

Une fois de plus les professionnels, qui contrairement à moi sont payés mais en contrepartie sont obligés de se cogner tous les films, se sont laissés emporter, heureux de n’avoir pas eu à souffrir un énième slasher opportuniste, genre dans lequel même les maîtres (comme notre ami Wes Craven avec l’infâme « Cursed » se sont lamentablement vautrés.

Alors franchement, il ne faut pas non plus s’esbaudir devant l’œuvre parce que d’une part ça reste quand même un remake, c'est-à-dire une forme paresseuse de création aussi brillante soit elle, et que d’autre part, le film reste quand même sagement dans les sentiers bien balisés de la mise en scène et de la structure du genre : intro brutale, générique utilisant la légèreté ironique et les images d’archives en contrepoint de l’horreur (artifice largement utilisé dans les derniers remakes de « Zombie » et « Massacre à la tronçonneuse »), révélation graduelle de la menace, plans écrasant les victimes dans un environnement hostile, caméra à l’épaule pour les scènes de carnage et de tension, le tout avec un climax bien gore ou se déchaîne l’horreur avec avant ça la quota de scènes éprouvantes pour le néophyte ou le spectateur ne travaillant pas dans un abattoir. Heureusement, le film original prenait quelques libertés avec ce schéma classique : exposition, traque, massacre en rajoutant le retournement des victimes contre leurs bourreaux avec une sauvagerie accrue. Le film gagne par conséquent en profondeur passant de l’écorchure à l’entaille jusqu’à l’os.

Mais fondamentalement ce remake se distingue parce qu’Alexandre Aja a compris deux ou trois choses très importantes.

La première, c’est pour qu’elle soit efficace et porteuse de sens, il faut prendre l’horreur au sérieux. Faire du clin de l’œil au spectateur en lui disant avec un sourire niais « Mais non, c’est pour de rire, coquin va » via le comique de service ou des éléments grotesques, c’est scier à la tronçonneuse le bras sur lequel le film est assis comme l’a malheureusement si bien fait la dernière tentative française « Sheitan » avec son final le cul entre deux chaises.

Point de second degré chez Aja, c’est du frontal, du brut qui se prend presque totalement au sérieux et pour les esprits et estomacs fragiles, ça peut vous donner plus d’émotions que le dernier « Julie Lescault ».

La deuxième chose, c’est qu’Aja a bien compris que le film d’horreur devait être résolument moral. Oui vous avez bien lu car en dépit de ce que pensent certains abrutis, d’obédience fondamentalement religieuse pour la plupart, le film d’horreur contient encore en lui tous les germes de notre morale millénaire en l’occurrence : le mal engendre le mal.

Dans la plupart des cas, c’est la méchanceté ou la bêtise des humains qui ont contribué à créer les monstres qui déciment ensuite les innocents étudiants/auto stoppeurs/campeurs/naturistes/ agriculteurs (rayez la mention inutile). Que ce soit la fermeture de l’abattoir dans « Massacre à la tronçonneuse », le meurtre du petit Jason dans « Vendredi 13 » ou les essais atomiques dans « la colline a des yeux », les monstres exercent une vengeance proportionnelle à l’outrage qu’ils ont subi renvoyant la société civilisée à ses propres zones d’ombre, à sa propre part de violence.

Dans le cas du film qui nous intéresse, Aja appuie bien sur le message grâce à l’idée géniale d’utiliser les mannequins noircis et démembrés « famille modèle américaine » dans le repaire de la famille de dégénérés montrant ainsi comment une société se prétendant idéale peut finir par se corrompre elle-même et engendrer des monstres quand elle sacrifie certains de ses membres sur l’autel du bien être collectif (encore qu’on peut poser la question du bien être généré par des essais nucléaires). Pendant toute la durée du film, Aja rapproche progressivement les deux familles jusqu’à montrer que chacune est le revers de l’autre et pousse finalement le vice jusqu’à montrer que les deux faces sont interchangeables dans la dernière partie du film. C’est Catherine Boutin qui va pas être contente !

Par conséquent, ce qui fait la force du concept « la Colline a des yeux », c’est qu’en permettant aux victimes de se retourner contre les bourreaux, il multiplie la portée du message en montrant la bestialité présente à l’état latent dans chaque individu. D’ailleurs à travers le personnage de l’intello timoré et contre le port d’arme, le film tient le même discours que Gaspar Noé dans « Irréversible » : dans certaines circonstances chacun (y compris le plus inoffensif) peut laisser éclater sa rage meurtrière et oublier sa morale dans un placard solidement cadenassé et balancé au fond d’un puit au fond d’une forêt au fin fond du massif central. D’ailleurs des deux chiens de la famille, Beauty et Beast, seul Beast survivra, coïncidence ?

Et puis, cerise sur le gâteau, il y a toujours un danger à faire venir un français à Hollywood quand celui-ci a de la finesse et un brin de sens critique vis-à-vis de son pays d’accueil.

Ainsi Aja profite du discours sur la violence intrinsèque de l’être humain pour parler de la violence intrinsèque de la culture américaine.

Déjà, il n’y a pas un membre de la famille qui ne soit pas en conflit avec un autre (à l’exception de la mère qui est une conne soumise) ce qui amène une ambiance très tendue et très réussie dès le début du film laissant planer la possibilité qu’ils pourraient tous se flinguer les uns les autres le moment venu. Et puis arrivent les flingues et les prières dont l’inutilité est rapidement démontrée, le tout se terminant par une pseudo crucifixion dont on peut se délecter du double sens.

Et cerise sur le gâteau lors de la baston sanglante, pour reconstruire la cellule familiale bien entendu, cet hymne américain triomphant et distordu qui résonne lorsque le gentil père de famille enfonce sauvagement un drapeau américain dans le crâne du dégénéré comme si Aja voulait dire : « Toi aussi tu es devenu un barbare, tu es donc devenu un vrai américain, mon fils ! ». Il enfonce encore le couteau dans la plaie avec cette scène finale qui peut être vue et appréciée, c’est ça le tour de force, de deux manières radicalement différentes :

Manière américaine : « Ouf malgré tous les outrages qu’elle vient de subir pendant deux heures, la cellule familiale américaine régénérée triomphe toujours sur fond de violons et gagne son bonheur en étant pas des tapettes, bon c’est pas tout faut que j’aille faire le plein de mon USV. »

Manière française : « Ah Ah Ah, les gros violons qui tachent pour montrer que c’est seulement par la violence que l’américain moyen sait se sortir d’une situation, non seulement ils n’ont rien appris et dernière image oblige, ils ne sont pas plus avancés, les cons».

Et puis Aja se permet des petites moqueries (les prières qui ne servent à rien) et coquetteries sadiques (le sexe, sujet tabou, qui arrive de manière…brutale) qui prouvent qu’il est possible de se moquer outrageusement du spectateur US sans qu’il ne se rende compte de rien.

Tout cela est donc fort goûtu, notamment grâce à une réalisation impeccable, un jeu d’acteur convaincant et des scènes de violence gore qui éclaboussent juste comme il faut.

Reste l’éternel question pourquoi allez vous louer ou acheter ce film ?

Pour les passionnés du genre, pas besoin d’en dire plus, vous savez depuis le début de cet article ce qu’il vous reste à faire quand vous aurez fini d’essayer de mater votre voisine sous la douche (oh l’odieux cliché mais j’assume et puis j’aurais pu rajouter quand vous aurez fini de vous branler sur des pouffiasses numériques).

Pour les autres je vais essayer de faire preuve de pédagogie.

Allez louer un bon film d’horreur, bordel de merde !

Un truc qui vous retournera les tripes, vous bousculera un peu, chamboulera votre vision du monde, vous poussera à réfléchir sur vos semblables, vous sortira de vos petites habitudes culturelles, vous mettra face à la mort, à l’horreur que vous apprendrez à regarder dans les yeux et jettera votre bras autour de la taille de ce charmant jeune homme qui se prélasse langoureusement à côté de vous sur le canapé.

Je dis ça pour vous mesdemoiselles car je sais que vous êtes les plus réticentes à regarder ce genre de chose et quand vous le faîtes vous vous sentez obligées de pousser des cris toutes les cinq secondes afin de ne pas briser l’image de la femme sensible et hystérique que des siècles e domination masculine vous ont façonné avec amour.

Alors ouvrez votre esprit et louez donc (l’idéal c’est l’original sinon le remake) :

Massacre à la tronçonneuse

Zombie (remake : l’Armée des morts)

La colline a des yeux

Land of the Dead (le dernier Roméro)

The Descent (excellente création originale peut être le meilleur film d’horreur de ces dernières années)

Sachez donc que les films d’horreurs ce n’est pas que pour les gens bizarres aux cheveux gras (ah deuxième cliché de l’article, Stanislas, mon garçon attention) !

Quand c’est bien fait, c’est une plongée brutale dans les zones les plus primitives et les plus sombres de l’esprit humain et des sociétés qu’il génère.

Commencez l’année en beauté. Faîtes vous nouer les tripes.

Il paraît que c’est tendance.


    Comments

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    Christine, celle qui rit quand... Le 12-01-2007 par Stanislas (Sup de Co 2005)

    Stanislas ! Une fois de plus par un tour de passe passe mental qui m'étonne encore moi même, j'ai écrit Catherine (la grande ?) Boutin au lieu de Christine Boutin, la vaillante défenseuse UMP de la morale traditionnelle française qui grâce à son noble combat empêchera notre beau pays de tomber dans la décadence et la permissivité la plus totale.
    Vous avez donc compris qu'elle est une fan inconditionnelle de Gaspar Noé.
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