La double vie francophone de la politique
Loin de moi la prétention d'être devenu un expert de la politique franco-québécoise grâce à mon voyage, mais après avoir assisté au "Débat des chefs" comme on l'appelle ici, j'ai remarqué plusieurs ressemblances mais aussi plusieurs choses que mon pays natal pourrait emprunter au pays qui m'accueille.
Je commencerais par vous décrire le contexte de la politique Canadienne et Québécoise. Pour ceux qui ne le savent pas, le chef d'Etat du Canada est la Reine Elizabeth II d'Angleterre. Le Chef du Gouvernement est Monsieur le Premier Ministre Stephen Harper. En revanche, les provinces (Québec, Ontario, Colombie Britannique, etc.) ont une très grande autonomie dans leur fonctionnement et les élections provinciales sont donc très importantes, à tel point que le peuple se sent plus concerné par une élection provinciale. Elles ont lieu une fois tous les 4 ans, j'ai donc la chance d'être au on endroit au bon moment.
Curieusement, la campagne présidentielle québécoise ressemble à la campagne présidentielle française sur plusieurs points :
- C'est un système bipolaire : le Parti Libéral du Québec (PLQ) de Monsieur Jean Charest, Premier Ministre du Québec sortant (qui correspondrait à l'UMP et Nicolas Sarkozy), et le Parti Québécois (PQ..désolé) de Monsieur André Boisclair que l'on peut comparer au PS et Ségolène Royal.
- Un troisième homme a fortement grimpé ces derniers jours. Il s'agit ici aussi de celui que l'on qualifie souvent de "ni d'un côté ni de l'autre". L'ADQ (Action Démocratique Québec) de Mario Dumont ressemble donc beaucoup à l'UDF de François Bayrou.
- La campagne présidentielle est jugée trop superficielle par les électeurs et la plupart d'entre eux sont encore indécis à l'approche du vote, le 26 mars.
Le portrait étant maintenant tiré, je vais vous expliquer ce qui se fait ici et qui pourrait donner des idées à nos candidats français qui, faute d'aborder les thèmes en profondeur, se retrouvent eux aussi tous les trois "dans le même panier". Les sondages (nos ennemis préférés) montrent au moins une chose : les français (les québécois aussi) sont perdus dans ce marasme politique.
Fort de ce constat, les québécois organisent depuis plusieurs élections, le "Débat des Chefs". Ce débat est retransmis en direct par les plus grandes chaînes de télévision du Québéc. Et si un tiers de la population québécoise (imaginez le chiffre si on ne prenait que les personnes en âge de voter) a regardé ce débat hier soir, ce n'est pas sans raison.
Le débat des chefs réunis les 3 Chefs de Partis (MM. Charest, Boisclair et Dumont) et les confrontent tous les trois sur les thèmes qui préoccupent les contribuables qui doivent les élire. Les places sont attribuées par tirage au sort et les ordres de passage alternent pour que chacun ait sa chance. Les thèmes de cette année étaient les suivants :
Chaque candidat a droit à une minute de temps de parole libre concernant le thème abordé. Chacun donne alors l'importance du thème dans son propre programme ainsi que les principaux développements envisagés. Puis on confronte les candidats deux par deux. Pendant 5 minutes, l'un interroge l'autre librement et les cinq minutes suivantes on inverse les rôles. Une fois que les trois candidats se sont tous interrogés mutuellement, on aborde le thème suivant. Le débat est un modèle de précision et de discipline. Un vrai débat organisé où les acteurs nous câlinent les oreilles plutôt que de tenter la superposition des voix. C'est aussi un débat débordant de paroles approfondies et d'exemples précis. Les candidats ont préparé leurs thèmes et connaissent les idées de chacun. Nous avons donc droit aux forces, comme souvent, mais aussi aux faiblesses de chacun. Allumer quelqu'un sur ses idées ou sur son bilan, cela se fait très bien ici. Le plus grand calme est requis parce que la plus gande plitesse n'est pas obligatoire : nous avons droit à des paroles franches et très tranchantes de la part des candidats. Le genre de question qu'on n'ose pas poser en France, à moins de prendre toutes les pincettes du monde, qui font que le répondant, en prenant touts les pincettes du monde, arrive à détourner sa réponse.
Je ne peux suivre la campagne présidentielle française que de loin mais cela ne m'empêche pas de tout faire pour rester à jour : Journaux, télévision, sites web des partis, etc. J'ai donc certainement fait quelques erreurs de jugement. Mais ce dont je suis sûr, c'est que ce que j'ai vu hier soir, je ne l'ai jamais vu avant. Les candidats se débattent de toutes leurs forces par médias interposés pour obtenir un résultat vague et certainement pas à la hauteur de leurs efforts. S'ils venaient, tous les trois ensemble, débattre autour de grands thèmes pendant deux petites heures, cela leur permettrait d'économiser des forces, de faire valoir clairement leurs idées et leurs différences et cela éclairerait les Français, beaucoup plus que s'ils devaient découper tous les jours des articles dans 10 quotidiens différents.
Comments
évolution Le 17-03-2007 par Julien (Sup de Co 2003)
| La campagne française a beaucoup changé depuis 2002, et le nombre d'émissions politiques s'est multiplié. Par exemple, TF1 propose une émission ou des français posent directement des questions aux candidats. Souvent, on peut regretter qu'il s'agisse de petits problèmes personnels. Toutefois, il est arrivé régulièrement que ces "citoyens lambda" posent des questions sans prendre de pincettes, et là ça devient très intéressant. Concernant un débat, malheureusement, il n'y en aura pas, je pense. La campagne va devenir officielle, et le temps de parole devra être exactement le même pour les 11 ou 12 candidats : l'organisation d'un débat à 12 est un peu compliquée. Il aurait pu avoir lieu plus tôt, entre les 4 principaux candidats, mais seul François Bayrou l'a demandé, Le Pen et Sarkozy rejettant toute idée de débat avant le 2è tour, et Ségolène Royal restant muette sur le sujet. C'est dommage, en effet, on aurait pu voir les différentes opinions s'opposer en direct, et éviter les attaques du genre "il ou elle n'a pas de programme". |
Comparaison aux partis français Le 17-03-2007 par Alexis (Sup de Co 2007)
Exact Alex Le 18-03-2007 par Julien (Sup de Co 2003)
| Le PQ a pris des positions globalement conservatrices et économiquement libérales, même si ça n'a pas toujours été le cas. Mais il semble que le but premier du PQ est l'indépendance du Québec. Donc tous ceux qui sont pour cette indépendance se retrouvent dedans, qu'ils soient plutôt socialistes, libéraux ou conservateurs. Il a d'ailleurs promis un nouveau référendum s'il était élu, ce qui donne une dimension supplémentaire d'intérêt à cette campagne. Pour le PLQ, pas sûr qu'on puiss le placer à gauche... Il mène une politique vraiment libérale, accée sur une politique de rigueur et déficit zéro. Si on veut vraiment simplifier, comme tu le dis, le PLQ ressemble plus à ce que pourrait faire Bayrou économiquement, et au PS en ce qui concerne les choix de société. De plus, les québécois n'élisent pas un président, ils élisent une assemblée provinciale, qui elle-même élit le premier ministre québécois. Les élections ont lieu au moins tous les 5 ans, mais le Premier-ministre peut décider de convoquer des élections à n'importe quel moment (un peu comme un droit de dissolution). En l'occurence, celles-ci ont eu lieu 4 ans après les précédentes, elles sont donc anticipées. La raison serait que le parti du Premier-ministre est en tête dans les sondages actuellement et qu'il a voulu en profiter (un peu comme Chirac en 1997, on verra si ça marche mieux au Québec qu'en France). |









