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Il était une fois le nouvel album des Stooges

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Ou croyez vous encore aux contes de fée rock ‘n roll ?
Il était une fois le nouvel album des Stooges

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Je vais couper net  à travers la jungle luxuriante et trompeuse de ce revival  rock qui file un gourdin électrique d’enfer à la presse rock aussi bien qu’à  un public prêt à laper la moindre production avec un minimum de morgue, d’authenticité et de références du moment que cela lui permet de se différencier de la masse des zombies aux oreilles engluées dans des productions formatées qui s’échouent périodiquement sur nos écrans et dans nos oreilles comme des vieilles baleines puantes et boursouflées.
Pas de détours, pas de digressions et en plus avec tous les intérêts fébriles mentionnés plus haut, le terrain est aussi miné qu’une rizière cambodgienne.
Donc : pourquoi les Stooges ont-ils sorti ce putain d’ album ?
De leur point de vue, les réponses sont facilement énumérables :
Pour montrer qu’ils sont encore capables de foutre une dérouillée sonique à tous ces petits groupes qui font danser les filles et qui se livrent en public à la nécrophilie musicale sans que cela ne semble choquer personne.
Pour officialiser cette énergie, cette puissance qui est, paraît il, leur apanage en live.
Pour donner leur revanche aux frères Asheton qui ont passé les trente dernières années à l’ombre de leur légende tandis qu’Iggy capitalisait avec plus ou moins de bonheur sur la sienne.
Pour profiter eux aussi, après tout il n’y a pas de raison, de ce retour relatif du rock sur les ondes et sur les écrans.
Pour redonner un coup de fouet à la carrière d’ Iggy Pop dont l’inspiration commençait sérieusement à se tarir.
Pour ne pas être en reste vis-à-vis des autres groupes moins légendaires qui avaient décidé de se reformer.
Pour payer leurs factures.
Pour prouver qu’on peut encore avoir le raw power et bien porter le cuir à plus de 50 ans.

Comme tout le monde le sait, sauf bien entendu l’intéressé, le chemin de l’enfer mou est pavé de bonnes intentions.
Parce que sans ces lettres magiques argentées sur fond noir, j’aurais distraitement jeté une oreille sur ce disque en le qualifiant promptement  de bon disque de rock tout à fait banal.
Ah putain, ça fait mal d'écrire ça, sans compter les questions fatidiques qui en découlent:
Je me suis moi-même auto persuadé de la qualité des précédents albums des Stooges.
Vérification faite ce n’est pas ça et c'est toujours ça de sauvé.
On m’aurait menti sur les performances soi disant dantesques de la reformation en concert (le live à Tokyo ne m’avait pas semblé si génial mais bon je n’y étais pas, c’est toujours la même histoire)
Ce disque des Stooges n’aurait il aucun intérêt si ce n’est que de nous prouver que de ressusciter des monstres des années 70 n’est pas une bonne idée.

Bigre, l’accusation est grave et certains seront m’auront peut être déjà traité de rabat joie ou de gros connard qui n’a rien compris au schmilblick. J'entends déjà les hurlements de la meute rock n' roll : « Sacrilège! »

 Eh les gars et les garces, je suis au moins un aussi gros fan de Stooges que vous.
Moi aussi, l’écoute de Raw Power a changé ma vie (le menton qui se relève, le regard plus farouch, toute ma rage intérieurement bouillonnante enfin exprimée, je ne serai jamais banquier etc…)
Mais franchement avouez que  c’est seulement la légende, la disette actuelle et cette frénésie à chercher partout les sauveurs du rock qui empêche ce disque d’être anecdotique.
Musicalement, c’est bon, c’est puissant comme une charge de rhinocéros en rut lâchés par un bombardier mais n’avez-vous pas déjà entendu plus viscéral ailleurs, ne serait ce que chez les Stooges eux-mêmes ? En 73, c’était le truc le plus violent, le plus vicieux jamais craché par un ampli mais aujourd’hui ?
Et puis la voix d’Iggy madre des rockers ! ce n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle ne fait plus rien passer si ce n’est : « putain c’est dur d’avoir cinquante ans et de chanter sur des chansons qui sonnent comme quand j’en avais vingt ».
Tu peux toujours essayer d’éviter l’obstacle comme sur « Trollin » en tombant dans les graves, Iggy mais si tu en peux pas chanter comme avant, ne demande pas à tes acolytes de jouer comme avant; c’est juste frustrant et embarrassant pour l’auditeur : il attend ce hurlement bestial qui va mettre son cerveau en feu et qui devrait suivre cette charge sonique et il ne reçoit qu’un râle fatigué de chanteur usé. Une voix poussive qui essaye ( à la rigueur c'est touchant) de se donner une contenance suavage.
C’est peut être un mauvais  procès mais quand on capitalise sur la marque Stooges, il faut refourguer au public ce qu’il attend du produit.
Ah putain avec une phrase pareille, certains vont aller trouver à ta faiblesse du courage : « Ouais tu vois, il en fait pas ce qu’on attend de lui, c’est la maturité et l’ironie… »
Comme la pub SFR, hein Iggy !
Au lieu d’aller faire le zouave tu aurais mieux fait de soigner tes textes et d’écrire des trucs aussi mémorables que « No Fun » ou « Search&Destroy » adaptés aux nombreux maux qui plombent notre époque morose. Au lieu de ça, tu recycles avec ta voix cassée, les vieux clichés du rock qui tombent à plat les uns après les autres comme des crêpes ratées.
Vous trouvez que je suis injuste ?
Comparez donc « She took all my money » et « Your pretty face is going to hell »!
« Mais ce n’est pas comparable! »
Tu sais quoi mec, tu as complètement raison !
Les Stooges ont enregistré leurs brûlots à une époque où enregistrer du boucan pareil c’était franchir la ligne rouge et être en avance sur son temps.
Sortir aujourd’hui « The Weirdness » c’est juste être en retard sur le sien.
Je laisse les frustrés nostalgiques de la sauvagerie sonique se masturber sur cet album qui bande mou et tombe à plat pour aller méditer en musique sur ce proverbe australien :
« La moustache frétillante du singe vaut mieux que la langue morte de l'iguane ».
Comprenne qui veut.


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