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Le vote électronique en question

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Pour les prochaines élections, la ville de Reims comme 150 villes en France se sont équipées d'ordinateurs de vote pour remplacer les traditionnelles urnes et les traditionnels bulletins papier.
Le vote électronique en question

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Plus de 1,4 millions de personnes seront appelés à voter au moyen d'ordinateurs de vote.

Ce sujet intervient peu dans la campagne présidentielle, mais il est à mes yeux d'une importance cruciale.

La mairie de Reims (UMP) explique son choix par les raisons suivantes :
- écologie : les ordinateurs permettront de ne pas imprimer des milliers de bulletins de vote
- économies : les ordinateurs de vote sont amortis en cinq scrutins, grâce aux économies faite en ne payant pas les personnels municipaux réquisitionnés habituellement
- commodité : le vote électronique permet d'avoir les résultats immédiatement, sans attendre la fin du dépouillement

Premièrement, je suis très étonné que la ville de Reims, qui commande des travaux de réfection des voiries un peu partout depuis quatre ans ait besoin de faire une économie qui se chiffre à quelques milliers d'euros tous les cinq ans. Il me paraît d'ailleurs fou que ce soit dans le domaine de la démocratie que la ville de Reims veuille faire des économies !

Ensuite, concernant l'argument écologique, je préfère en rire, car premièrement les bulletins de vote sont sur papier recyclé, et deuxièmement ils sont de toute façon imprimés, et envoyés à la mairie de Reims, car c'est l'État qui se charge de cette formalité, et il en envoie à toutes les mairies, même celles équipés de machines de vote, au cas où celles-ci viendraient à tomber en panne !

Enfin, l'argument de commodité concerne d'avantage la conception de la démocratie que le fait que ce soit pratique. Une élection, son fonctionnement, et son résultat doivent être compris par tout le monde, même par le premier des ignorants. Il s'agit de l'étape la plus importante du processus électoral, celle où les gens voient leur bulletin dans l'urne, où chacun peut vérifier à chaque instant le bon déroulement de la démocratie, où chacun peut compter le nombre de voix de chacun des candidats, bref, un moment de communion citoyenne.

Bref, le vrai problème de ces machines à voter réside dans leur sécurité. Celle-ci n'est pas assurée. Ce n'est pas moi qui le dit, ce n'est pas non plus un candidat à l'élection présidentielle. Ceux qui le disent, ce sont les informaticiens ! En particulier, l'Association for Computing Machinery (ACM). On ne peut pas dire que cette association internationale soit contre le progrès technique, puisqu'elle a justement été fondée pour encourager le développement de l'informatique dans le monde. Eh bien, cette association, dénonce tout simplement cette pratique, quelle considère comme « n'étant pas du tout sûre ».

Pour comprendre le fonctionnement d'une telle machine, on peut utiliser une image. Imaginez que à la fermeture du bureau de vote, l'urne pleine de bulletins de vote soit confiée à une société privée, qui l'emmène dans ses locaux, s'enferme dans une pièce à huis clos, la dépouille, et à la fin, passe la feuille avec les résultats en-dessous de la porte. Là, le citoyen est obligé de faire une confiance aveugle aux résultats, et ne peut même pas vérifier, car aucun retour sur les données n'est possible.
L'ACM recommande qu'en plus du vote électronique, un bulletin papier soit imprimé par la machine, vérifié par l'électeur, et placé dans une urne classique où un deuxième comptage pourra être fait en cas de litige. Les fabriquants rétorquent que ceci est impossible, puisqu'une panne de l'imprimante le jour du vote poserait de gros problème. Ces compagnies admettent donc qu'une simple imprimante puisse souffrir d'une panne, mais refusent d'admettre que leur machine complexe et son logiciel, lui, ne risque rien ! Roberto di Cosmo, professeur à Paris VII spécialisé dans l’informatique, a déclaré «

Tant de systèmes informatiques tiennent par des bouts de ficelle : la moindre des éducations informatiques serait de refuser de leur faire une confiance aveugle.

» (Science & Vie n°1073) C’est bien ce qu’il faut se résoudre à faire si on veut utiliser des machines informatiques de vote.

La fiabilité, parlons-en plus précisément. D'autres pays ont utilisé des machines électroniques ou les utilisent encore. Parmi ces pays, la Belgique a décidé d'un moratoire après quelques années d'utilisation, car plusieurs anomalies flagrantes ont été enregistrées. La plus célèbre, est celle de la commune de Schaerbeek où 4 096 voix ont été comptabilisées en trop ! Aux États-Unis, dans une commune, un, qui jure que lui et sa femme ont voté pour lui, n'a obtenu aucune voix. En Irlande, un hacker a réussi à prouver qu'il est possible, en bidouillant la machine au moment du vote, dans l'isoloir, en 1 minute 30, de décider à la voix près le résultat de l'élection. Suite à ce scandale, les machines ont été interdites. Ce sont les mêmes qui sont majoritairement utilisées en France. Dernier exemple. Aux Pays Bas, un groupe d'informaticiens a remarqué que les machines émettaient des ondes qui permettaient de déterminer, à distance, pour quel candidat une personne avait voté. On peut donc en conclure que le vote élecronique ne garantit ni le secret du vote, ni la fiabilité du vote, ni la sécurité du vote.

Bientôt les élections présidentielles vont avoir lieu. Depuis 2002, le ministère de l'Intérieur, en charge de l'organisation des élections, encourage vivement le développement des machines de vote. C'est lui qui les homologue, qui les livre, qui les contrôle. Peut-on leur faire confiance, alors que le Ministre de l'Intérieur est lui-même candidat ? Et même si Nicolas Sarkozy est honnête, n'y a-t-il pas quelqu'un dans son équipe qui, par excès de zèle ou par admiration, pourrait vouloir organiser ce que le Canard Enchaîné qualifie de la « fraude électorale parfaite » ? Le code source informatique de ces machines est du domaine du secret industriel. Même en Belgique, où un moratoire est en place, les anciennes machines étaient au moins vérifiables. En France, c'est interdit.

Après le Canard Enchaîné, c'est Libération, le Nouvel Observateur, et Le Monde qui se sont emparés de l'affaire. Dans son édition du 19 mars 2007, le quotidien signale : « L'exercice auquel se sont essayés les informaticiens néerlandais n'est pas isolé. En octobre 2006, quatre chercheurs du département d'informatique et d'ingénierie de l'université du Connecticut sont par exemple parvenus à reprogrammer un terminal de vote Diebold, l'un des constructeurs les mieux implantés aux Etats-Unis." (voir la vidéo, qui est très parlante) Une attaque de base peut neutraliser entièrement un candidat, échanger les voix apportées à deux candidats ou biaiser les résultats en reportant sur un candidat les votes apportés à un autre", écrivent les auteurs dans le compte rendu de leurs travaux. »

En conséquence, je considère comme urgent que l'État revienne sur sa décision d'autoriser de telles machines, et ce dès les élections présidentielles, pour que la suspiscion ne gagne pas 1,4 millions de voix. Pour ceux qui sont inscrits à Reims, il n'est pas trop tard pour vous faire inscrire sur les listes de la commune de vos parents, et d'y voter par procuration.

En attentant, vous pouvez également signer la pétition en ligne à l'adresse suivante : http://www.ordinateurs-de-vote.org/petition

Je terminerai par cette phrase à méditer : « Mieux vaut confier son portefeuille à un voleur multirécidiviste que son vote à une urne électronique ».

L'image est tirée d'un article du Nouvel Observateur, copyright Associated Press.


Commentaires

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Pétition signée Le 04-04-2007 par Raphael (Sup de Co 2009)

Tu m'as convaincu, merci. Je soupçonnais déja les dangers du vote électronique après le fiasco de la Floride en 2000. J'espère juste que le bon maire de ma commune n'aura pas décidé entretemps de nous faire voter sur des ordis !

Recours Le 04-04-2007 par Julien (Sup de Co 2003)

Il existe des recours si vous constatez l'utilisation d'une machine électronique dans votre bureau de vote. Le lien suivant en donne une liste.

[Cliquer ici]

Sachez aussi que vous pouvez retrouver la liste des communes concernées ici :

[Cliquer ici]