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Boulevard de la Mort

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Nouvelle transcendance d’un genre ou récréation en Quentin mineur ?
Boulevard de la Mort

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Rappel pour ceux qui auraient raté le début ou les cinéphiles avec une mémoire de poisson rouge, Grindhouse à la base, c’est :

1)      Des cinémas américains spécialisés dans la projection à la suite et parfois en continu de films fauchés et mal peignés donnant dans le gore et l’érotisme soft. Mais laissons la parole à Tarantino lui-même : « Des films Grindhouse, j’en ai vu des tonnes et la plupart sont très mauvais mais parfois après en avoir vu des dizaines de mauvais, on tombe sur un qui est vraiment génial et le fait de s’être tapé toutes ces merdes pour l’atteindre le rend encore plus spécial. »

2)      Un projet soutenu par Tarantino et son frère de pelloche, Robert Rodriguez consistant à offrir au public deux films Grindhouse à la suite dans des genres différents avec entre les deux des pubs et des bande annonces bidons réalisés par des potes des deux compères. Le tout en respectant l’esthétique un peu cheap et daté du genre sur le plan de la communication et dans la mise en scène elle-même avec toujours cette idée sur laquelle nous reviendrons peut être qui est de prouver que le cinéma est un espace sacré qui peut s’affranchir du temps et des modes.

Manque de bol, nos amis d’outre atlantique n’ont pas goûté cette madeleine cinématographique est les films on essuyé un bide cinglant au box office américain.

Conséquence pour nous autres européens : les films  bénéficient de sorties séparées et ils ne restent plus qu’à espérer que le cinéma d’art et d’essai près de chez vous ait la bonne initiative d’organiser des soirées Grindhouse avec les deux films à  la suite, les pubs entre les deux, de la bière tiède et des filles lascives avec des shorts en jean.

 

Comme je l’écrivais tout à l’heure, il y a derrière le concept Grindhouse  cette idée qui s’exprime également dans tous les films de Tarantino à travers le recyclage plus ou moins évident de pans entiers du cinéma mondial qui est celle de prouver que le cinéma est un espace sacré au-delà du temps.

L’enchaînement est facile à trouver : aller dans une salle, c’est vivre en deux heures ce qui peut demander une journée, un an, une vie à se dérouler dans la réalité. Comme la quasi-totalité des œuvres d’art, le cinéma donne à l’homme l’illusion de se soustraire pendant un instant au temps.

Je pense que pour un cinéphile et à plus forte raison un cinéphile forcené comme Tarantino, il s’agit là d’une des motivations qui l’a poussé à préférer vivre dans les salles obscures que dans un monde extérieur soumis au temps. Dans le cas de Tarantino, je pense que  cet échappatoire l’ a fait tomber amoureux du cinéma et quelle meilleure preuve d’amour que de soustraire ce que vous aimez  à l’action du temps qui passe, des modes et de la désuétude ?

A travers ses films, Tarantino contribue à préserver du temps les films qui lui ont permis de croire qu’il pouvait y échapper.

En se focalisant sur un seul aspect l’analyse est forcément réductrice et nécessairement incomplète mais je la trouve diablement séduisante.

Au-delà de cette déclaration d’amour dans les faits qui est probablement plus belle que toutes celles que pourra imaginer Tarantino dans ses films, il y a l’importance de Grindhouse pour moi et peut être pour vous, nous, cinéphiles de la nouvelle génération.

Personnellement les films Grindhouse dont on peut voir d’ailleurs quelques affiches sur le mur du premier bar du film, je ne les connais pas ou seulement à travers ce que j’ai pu lire ou entendre de la bouche de Tarantino lui-même. Par conséquent, le visionnage de « Boulevard de la Mort » est une sorte de passage de flambeau entre Tarantino qui s’est gavé des originaux et moi qui sur le point de fonder ma culture grindhousesque en fonction de ce que Tarantino aura digéré et transmis.

 

Et les non cinéphiles dans tout ça ?

Les gens qui ont aimé Pulp Fiction parce que c’était cool et frais et parce que Jackson et Travolta avaient la classe, ceux qui ont aimé Kill Bill parce qu’il y avait du kung fu comme dans « Tigre et Dragon » ( hey on va pas chipoter !) et parce qu’Uma Thurman était chouette.

Vont-ils l’aimer ce « Boulevard de la Mort » ?

Franchement, je ne le leur recommanderai pas les yeux fermés parce qu’il y a des chances qu’ils se fassent un peu chier.  D’une part, parce que « Boulevard de la Mort », en dépit de son thème, n’est pas mené pied au plancher : le rythme est haché avec de longues plages de dialogues où rien ne se passe puis une soudaine montée d’adrénaline et ça retombe pour repartir à nouveau avec une coupure très nette au milieu du film. La mise en scène n’arrange rien et comme le rythme c’est sans doute voulu pour restituer le côté maladroit des Grindhouse originaux avec des raccords à la n’imp, des couleurs qui changent, des plans qui tressautent, des bobines qui semblent avoir été volées par un projectionniste fétichiste, bref si vous recherchez la tension permanente et électrique des derniers films du maître vous risquez d’être forcément déçus.

D’autre part parce que « Boulevard de la Mort » est paresseux.

Avouons le ce qu’il y a de tripant dans les films de Tarantino c’est cette capacité phénoménale à nous éblouir en faisant des nouvelles soupes dans de vieux pots, à nous balancer un concept génial et décomplexé tous les quart d’heure dans nos visages illuminés par un sourire béat.

Dans « Boulevard de la Mort », il y trop, voire beaucoup trop de passages qui sont du recyclage pur et simple des films précédents de Tarantino allant de l’hommage discret (la sonnerie du portable qui est la chanson que sifflote Daryl Hannah dans Kill Bill) au clin d’œil lourdement appuyé (le fermier en rut et péquenaud, repris de Kill Bill, la récurrence du massage de pieds de Pulp) quand on tombe pas dans le pillage pur et simple (la scène de la discussion en bagnole, Pulp Fiction ; la scène du restaurant avec la travelling circulaire, Reservoir Dogs , la black pleine de charme et de caractère, Jackie Brown ; le shérif et son fils plus l’infirmière à l’hôpital, Kill Bill, limite foutage de gueule ).

Vous allez me dire, pas grave, après tout il peut bien recycler son univers et ses gimmicks si ça lui chante de toute façon il n’y aura que les gens comme toi Stan qui le remarqueront.

Mais ce qui me gêne profondément, c’est que ce recyclage m’est apparu comme très complaisant et guère respectueux du public, l’air de dire : « vous avez aimé ça dans mes films précédents, vous savez que je suis le spécialiste de la référence alors tenez, ça mange pas de pain » ou plus simplement comme si Tarantino était devenu un enfant gâté par le succès qui voulait s’amuser avec un nouveau jouet (en l’occurrence le concept Grindhouse) en choisissant la solution de facilité pour remplir les blancs. Lors de la scène où les filles parlent de la doublure de Daryl Hannah, j’ai eu le sentiment qu’il s’agissait d’une private joke sur le tournage de Kill Bill et que les références aux produits phares de Tarantino (Kahuna Burger et Red Apple) étaient forcées, leur insertion bâclée.

Et dans ces moments là, j’ai eu l’impression d’être un peu pris pour un con qui serait prêt à avaler n’importe quoi du moment que c’est estampillé « univers Tarantino ».

Désolé Quentin, il va falloir que tu comprennes que tu nous as habitués à être génial sans temps morts et sans facilités et que nous ne  laisserons pas ton petit bluff d’élève brillant mais avec un poil dans la main nous éblouir sur ce film là.

Conclusion : les non fanatiques risquent de trouver ça un peu long  et pas aussi trépidant que les autres essais du maître.

Pourquoi le maitre ? Parce qu’en dépit de sa petite paresse, espérons le passagère, Tarantino reste un immense cinéaste qui a truffé « Boulevard de la Mort » d’idées de génie et qui assume de plus en plus ses obsessions pour notre plus grand bonheur.

 

Comme vous avez du l’apprendre à l’école,  dans une argumentation, il faut toujours placer le point le plus important à la fin car c’est celui qui reste dans l’esprit du lecteur et ce n’est donc pas un hasard si je termine cette critique non pas par les défauts mais par les qualités de « Boulevard de la Mort ».

En premier lieu, il ya toutes ces idées de génie comme le poème et le gage du lap dance, Kurt Russel en cascadeur psychopathe dont la bagnole n’est que death proof pour le conducteur , le caissier et son Vogue, la scène du carambolage découpant (c’est le cas de le dire) l’accident en quatre moments successifs à l’aide du montage et surtout mais alors, surtout et vraiment la dernière demi heure de poursuite en bagnole qui m’a mis les nerfs en pelote et les a fait s’enrouler autour des mains crispés sur l’accoudoir de mon siège avant  que je réalise qu’il s’agissait de la cuisse de ma voisine et que je finisse par  avoir envie d’applaudir comme un gamin pour un final aussi inattendu que jouissif.

Là, on retrouve le Tarantino qu’on aime, celui qui sait nous surprendre et nous coller à notre siège, après une heure et demi un peu molle en dépit de quelques fulgurances mais putain les amis, quel bouquet final !

Mais à vrai dire ce que j’ai trouvé le plus émouvant et le plus intéressant dans ce film, c’est ce que Tarantino nous dit sur lui-même.  Comme un homme ivre qui gagne en sincérité et en assurance ce qu’il perd en cohérence et en rigueur, j’ai eu le sentiment qu’en étant plus brouillon le cinéma de Tarantino devenait plus sincère.

Vous allez sûrement rigoler mais ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont les pieds.

Touts les fans le savent, les parties préférées  du corps des femmes chez Tarantino sont les fesses et surtout les pieds  mais en général, il ne se permet qu’un petit plan discret par film  alors que là, c’est l’orgie ! Il y a des pieds nus partout dans tous les sens et il va même jusqu’à envoyer Kurt Russel les effleurer avec un doigt mouillé !

Là je me suis dit : « Stan, Tarantino se lâche ! »

Du coup, j’ai commencé à regarder le film d’un autre œil et c’est là que j’ai compris ce qui se cachait derrière ces dialogues interminables entre minettes : l’obsession de Tarantino pour la Femme.

Si l’on en croit sa filmo, l’obsession est  grandissante : Reservoir que des mecs ; Pulp : une femme fatale mais qui est sauvée par un mec ; Jackie Brown : une fille qui roule tous les mecs ; Kill Bill : une femme qui tue tous les mecs même celui qu’elle aime ; « Boulevard de la Mort » : les filles n’ont besoin de personne et surtout pas des mecs.

C’est bien simple, les hommes  sont ici divisés en deux clans : les jeunes merdeux qui en sont encore à mendier des bisous, à se faire mener par le bout de la bite et à comploter comme au collège pour faire boire les filles et le grand méchant loup qui fait encore un peu peur aux filles sauf quand il révèle son côté sensible amis qui finit quand même par pleurer comme un bébé avant de se prendre une méchante fessée (le chasseur devient chassé façon « la colline a des yeux » et « la dernière maison sur la gauche »).

Les filles vont même jusqu’à imiter le dragueur de base lors d’une scène irrésistible que j’ai oublié de citer dans le lot des scènes géniales du film.

J e ne sais plus qui a dit un jour que les artistes étaient les véritables législateurs de l’humanité. Si cela est vrai, le XXIème siècle sera peut être celui où la femme reprendra le dessus sur l’homme après des années d’asservissement, la lune reprendra le dessus sur le soleil.

J’en veux pour preuve l’importance de plus en plus grandissante et centrale des figures féminines dans l’art et la politique qui sont les deux facettes d’une même pièce.

Aujourd’hui, dans des films comme Pirates des Caraïbes ou dans une moindre mesure Spiderman 3, les femmes se permettent des choses encore impensables il y a 10 ans dans le cinéma. Tiens, vous imaginez un film comme Marie Antoinette  dans les 80’S ? Non arrêtez, c’est trop horrible.

Bon d’accord , brève parenthèse : Kylie Minogue campe une Marie Antoinette en gilet à paillettes, fait du patin à roulettes sous les néons violet s de Versailles sur fond de synthé, soudain Richard Gere apparaît dans un flash de fumée et lui fait découvrir le grand amour avant de mourir dans ses bras et de lui faire promettre que devant l’échafaud ses dernières pensées iront à lui. Fin de la parenthèse.

C’est une question fondamentale et en tant qu’homme je suis à la fois ravi parce que je ne déteste rien de plus que quand les gens sont ce qu’ils sont supposés être et que ça va être agréable d’avoir des femmes qui bottent des culs et s’affirment sur le devant de la scène tandis que les hommes pourront un peu plus pleurer et avouer que eux aussi ont besoin de tendresse mais d’un autre côté, c’est extrêmement intimidant et je me demande si nous allons être capables de profiter de ce basculement pour remettre les choses à plat sur un rapport égal à égal ou si nous allons laisser les femmes commettre les mêmes erreur que nous et nos ancêtres masculins.

 

Tout ça pour revenir à notre sujet : Quentin Tarantino.

Tarantino a compris le pouvoir des femmes, elles le fascinent, elles l’obsèdent.

Il voudrait rejoindre leur cercle, être à la fois leur amant et leur meilleur ami.

Mais ce n’est pas possible alors Quentin fait un film où il  essaye de recréer cette complicité qui lui a toujours échappé en bourrant les films de discours interminables et  triviaux sur comment les filles voient les hommes, comment les filles se parlent entre elles quand les mecs ne sont pas là, comment les filles s’engueulent etc…

Il fait un film où il filme les femmes comme des déesses primitives, débordantes de rondeurs et de sensualité, jamais vulgaires, toujours hypnotiques. Il les fait danser, il scrute leurs corps avec sa caméra  et parvient presque à saisir l’insaisissable : ce qui fait renaître à chaque fois le désir et nous pousse à faire les pires conneries du monde pour leurs beaux yeux.

 Il les filme comme des monstres implacables quand on leur a cherché des noises qui ne montreront aucune pitié  face au mâle imbécile qui a confondu sa bagnole avec sa bite.

Enfin et c’est là qu’il est le plus touchant et naïf il les filme  sur fond de piano mélancolique comme des créatures vulnérables qui sous une apparence indifférente attendent le cœur brisé des texto sous la pluie.

Et il termine son long métrage par cette chanson énigmatique de notre Gainsbourg national : « Laisse tomber les filles. » Conseil ? Désillusion ? Je t’aime moi non plus ?

 

 

Quentin Tarantino : l’autre homme qui aimait les femmes et qui les aimait peut être un peu trop au point de sacrifier à son obsession préférée  le rythme, la virtuosité et l’inventivité de son dernier film.

Je ne  comprends que trop bien mais je n’excuse pas. J’ai bien trop d’affection et de respect pour le cinéma de Tarantino pour lui laisser croire qu’il peut  s’en sortir avec ce genre d’esbroufe virtuose sur fond de recyclage qui ne cherche même pas à faire semblant.

Ceci dit, ça reste quand même excellent mais peut être pas aussi excellent que « Une nuit en enfer » (From dusk till dawn ) qui était peut être la première grindhouse movie qui ne disait pas son nom des frangins  terribles avec Rodriguez à  la réalisation et Tarantino au scénario.

Salaud(s) de génie(s) ! Je vous pardonne.


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